TRAUMATISMES DE L’ABDOMEN.

Publié le 10/01/2011 à 21:07 par walidove Tags : bonne chez enfants cadre éléments tube jeux

INTRODUCTION
I - LE MECANISME DES LESIONS - LES PARTICULARITES DE L’ENFANT
II - L’EXAMEN CLINIQUE INITIAL
III - LES EXAMENS COMPLEMENTAIRES
IV - AU TERME DU BILAN INITIAL : LES ELEMENTS DE DECISION
V - LES LESIONS ABDOMINALES : PARTICULARITES ET CONDUITE THERAPEUTIQUE
VI - LE TRAUMATISME ABDOMINAL : PRONOSTIC
INTRODUCTION
traumatisme de l’abdomen chez l’enfant est très fréquent que ce soit au cours de jeux ou
d’accidents de la voie publique (80 % des cas). Outre ces causes classiques accidentelles, l’enfant
entre 2 et 4 ans est encore plus vulnérable au traumatisme abdominal du fait de sa tendance à
l’exploration d’un environnement souvent hostile. L’augmentation des lésions traumatiques dans cette
tranche d’âge (9 %) est due à l’importance des accidents domestiques. Les sévices sont eux aussi
responsables de lésions et ne doivent pas être sous estimés. (6 % des cas).
Bien qu’il puisse être isolé le traumatisme de l’abdomen est souvent rencontré dans un contexte
de polytraumatisme. La lésion intra-abdominale peut être secondaire à un traumatisme fermé, ce qui est
le cas dans 95 % des cas, mais aussi à une lésion pénétrante. Parmi l’ensemble des patients qui seront
hospitalisés pour traumatisme de l’abdomen fermé, 30 % auront une lésion d’un organe plein ou creux
intra-abdominal et 4 % décéderont soit du traumatisme abdominal lui-même, soit des lésions associées.
L’accident chez l’enfant reste encore la cause majeure de décès.
I - LE MECANISME DES LESIONS - LES PARTICULARITES DE L’ENFANT
L’abdomen de l’enfant doit être en fait intégré dans le complexe appelé tronc, rassemblant le
thorax, l’abdomen, et le pelvis. Une lésion par contusion directe, thoracique basse, à fortiori une lésion
pénétrante située en dessous de la ligne mamelonnaire peut parfaitement léser un organe plein intraabdominal.
Les organes intra-abdominaux sont mal protégés, car la cage thoracique, en particulier
les dernières côtes ne sont pas ossifiées et la paroi abdominale, elle-même, aussi bien antérieure que
postérieure, vu la faible épaisseur musculaire ne permet aucune réelle protection. C’est ainsi que le rein
est considéré comme un organe abdominal chez l’enfant du fait de son volume et de sa mobilité
proportionnellement plus importante que chez l’adulte. Enfin, certaines malformations congénitales non
encore traitées ou diagnostiquées peuvent être un facteur favorisant la lésion post-traumatique (anomalie
splénique, malformation rénale, trouble de la crase sanguine).
Le mécanisme lésionnel peut classiquement être différencié en traumatisme direct et indirect. Le
traumatisme direct, réalisé lors d’une collision volontaire (sévices) ou involontaire (accident), réalise une
lésion à la fois pariétale (érosion, hématome, ecchymose), mais aussi intra-abdominale par le transfert de
l’énergie cinétique à l’organe intra-abdominal, à travers la paroi. Par exemple la contusion directe du
duodéno-pancréas (coup de poing, guidon). La décélération brutale sans contusion directe peut aussi
entraîner une rupture d’ organes pleins ou creux intra-abdominaux. Contusion, voire rupture du tube
digestif surtout au niveau de ses deux points fixes (angle de Treitz , angle iléo-caecal). Cette décélération
s’exerçant sur un organe plein entraînera une véritable fracture de celui-ci (rate, rein, foie). Enfin, la
brutale hyper pression intra-abdominale, peut entraîner une rupture des parois de l’abdomen comme
le diaphragme, voire le périnée au niveau de leurs points faibles respectifs : coupole gauche (non
protégée par le foie), rectum ou vagin au niveau périnéal.
La lésion traumatique quel que soit le mécanisme lésionnel, sera directement dépendante de la
masse, que ce soit celle de l’objet contondant ou de la victime et de la vitesse avec laquelle le choc s’est
réalisé; ces deux facteurs déterminant l’énergie cinétique. On retrouve plus d’hématomes ou
d’ecchymoses dans la contusion directe, plus de ruptures dans les lésions de décélération des organes
pleins. Souvent chez l’enfant, la masse de l’agent traumatisant est proportionnellement plus grande
que chez l’adulte. C’est ainsi que les lésions peuvent être plus importantes. Celles entraînées par une
arme à feu, du fait de la très haute énergie cinétique transmise sont graves et peu prédictibles. L’arme
blanche est moins dangereuse si l’on ne considère que son potentiel lésionnel et non l’organe touché.
II - L’EXAMEN CLINIQUE INITIAL
Il doit être complet et systématiquement réalisé en respectant la classique hiérarchie préconisée
lors de la réception du traumatisé où les priorités sont l’examen respiratoire, cardio-vasculaire et
neurologique. L’examen de ces appareils doit en effet permettre de faire le point rapide sur les
constantes vitales et mettre en oeuvre immédiatement les moyens de réanimation appropriés.
L’examen de l’abdomen n’est néanmoins pas retardé et se doit lui aussi d ’être systématique.
- L’interrogatoire si possible, analysera les douleurs éventuelles (siège, type, intensité, facteurs de
sédation), leur projection (fréquemment scapulaire en cas de traumatisme de l’étage sus-mésocolique) et
le type de traumatisme.
- L’inspection pourra être riche d’enseignement : marques traumatiques (ceinture de sécurité, érosion,
abrasion, hématome). Rythme respiratoire et mobilité respiratoire de l’abdomen. Aspect général (lividité,
sueurs, circulation collatérale).
- La palpation des organes intra-abdominaux, (rate, foie, loge rénale) devra tenir compte aussi des limites
de la cavité abdominale. La recherche de douleurs costales à la palpation, et la palpation superficielle,
afin de vérifier la qualité de la paroi musculaire doivent être systématiques (fausse contracture
abdominale).
- L’auscultation permettra de constater s’il existe un iléus réflexe ou l’existence de bruits anormaux
intestinaux dans une aire considérée à priori comme exempte de tube digestif
(aire pulmonaire).
- La percussion pré-vésicale, pré-hépatique à la recherche d’un hyper tympanisme, (pneumo-péritoine)
ou d’une matité (globe vésical) devra rechercher l’existence d’un épanchement liquidien par le signe du
flot.
- L’examen des organes génitaux externes : sang dans le scrotum, hématome des grandes lèvres, signes
d’une fracture du bassin et le toucher rectal complètent cet examen clinique à la recherche de lésions
périnéales (abus sexuels).
Cet examen clinique devra être répété, en particulier après sédation de l’enfant ou mise en place d’une
sonde gastrique ou d’une sonde vésicale. Ces deux derniers gestes peuvent en effet changer
radicalement les conclusions tirées de l’examen de l’abdomen. (Contracture et douleur dues à un globe
vésical, à une dilatation gastrique aiguë).
III - LES EXAMENS COMPLEMENTAIRES
Si la clinique reste souveraine dans le choix des examens complémentaires, l’expectative
clinique seule n’est plus de mise. Les diagnostics trop tardifs ne peuvent plus être excusés du fait des
facilités de l’ imagerie actuelle.
Le bilan biologique : la formule-numération sanguine, le ionogramme et le dosage de certains enzymes
(hépatiques et pancréatiques) font partie à la fois des éléments cliniques objectifs du diagnostic et de la
surveillance. (Etat hémorragique, lésion pancréatique, équilibre hydro-électrolytique, état infectieux)
Les examens proprement radiologiques ne doivent être réalisés qu’après s’être assurés de la
stabilité des constantes vitales du patient.
La radiographie du thorax de face toujours, de profil parfois, permet de révéler une contusion
parenchymateuse, de rechercher un trouble de la ventilation, un épanchement pleural (sang et air) et une
éventuelle lésion médiastinale (élargissement). La coupole diaphragmatique doit être suivie et ce,
bilatéralement.
L’abdomen sans préparation de face, couché, de profil en décubitus avec rayon horizontal (le cliché
debout étant illusoire) vérifiera la bonne répartition des clartés gazeuses intra-abdominales, des ombres
portées de la région hépatique ou splénique, des limites des psoas, étudiera les parois de l’abdomen :
diaphragme, ceinture pelvienne, dernières côtes.
L’échographie abdominale : elle est systématiquement réalisée lors du bilan initial. La recherche d’un
épanchement liquidien , de lésions parenchymateuses, (hépatique, pancréatique, splénique ou rénale)
pourra être effectuée. Ces lésions parenchymateuses sont en règle sous-estimées par cet examen.
L’écho Doppler, en particulier, pour l’étude des loges rénales est souhaitable, car cet examen permet de
vérifier l’intégrité de la vascularisation même s’il ne donne pas de renseignement fonctionnel. Si
l’échographie peut être considérée comme excellente dans la détermination de l’existence d’un
épanchement liquidien à la phase initiale du bilan du polytraumatisé, elle n’est que peu contributive
dans le diagnostic lésionnel , mais reste par contre, excellente dans le suivi de la lésion traumatique
intra-abdominale.
Le scanner d’obtention plus facile actuellement, peu invasif, présente de nombreux avantages. Il réalise
une analyse morphologique du parenchyme et permet une bonne description des lésions. L’injection
vasculaire et l’opacification éventuelle du tube digestif autorise l’étude fonctionnelle de la plupart des
organes intra-abdominaux. La majorité des lésions est ainsi diagnostiquée avec un seul examen.
L’urographie intraveineuse (dont un cliché est réalisé systématiquement après le scanner), permet de
visualiser la fonction excrétoire de l’appareil urinaire supérieur. L’urographie intra veineuse n’est indiquée
que dans le cas où l’échographie Doppler ou le scanner ne peuvent être réalisés devant la suspicion
d’une lésion rénale.
La ponction-lavage du péritoine n’a plus de place réelle; le principe en consistait à introduire et faire
circuler une certaine quantité de liquide à l’intérieur de la cavité péritonéale, puis à le recueillir et en
étudier l’aspect macroscopique et microscopique. Cet examen qui était considéré comme un miroir des
lésions viscérales n’a sa place à l’heure actuelle que devant l’insuffisance de tous les autres moyens
d’imagerie.
Les scintigraphies isotopiques : celles-ci font preuve d’une très grande sensibilité, mais ne sont en règle,
pas utilisées en urgence, mais plutôt dans la surveillance à long terme. Elles ne permettent pas en effet,
la détection d’un saignement intra-abdominal, ne donnent pas de précision anatomique sur les lésions et
sont en règle trop spécifiques d’un organe pour détecter des lésions associées.
L’étude cytologique des différents excretats recueillis lors de la mise en place d’une sonde gastrique ou
urinaire peut être riche d’enseignement : hématurie microscopique ou saignement digestif haut.
L’existence d’une coloration inhabituelle des selles, voire d’un écoulement anormal nasal doit être
documentée par un examen chimique, cytologique et bactériologique.
IV - AU TERME DU BILAN INITIAL : LES ELEMENTS DE DECISION
Les tout premiers éléments du bilan initial clinique et para-clinique visent à évaluer le risque vital
et assurer la survie du patient. Si les constantes vitales ne peuvent être maintenues et que la lésion intraabdominale
est supposée être à l’ origine de la détresse (choc hémorragique par rupture d’organes
pleins, traumatisme pénétrant grave), le patient sera en règle conduit au bloc opératoire rapidement.
Dans les autres cas, le bilan clinique et para-clinique devra effectuer le diagnostic lésionnel le plus précis
possible afin d’adapter la thérapeutique et de tenter d’établir le pronostic.
Il faut donc se rappeler que :
- tout accident peut entraîner une lésion intra-abdominale, même sans point d’impact,
- il n’ y a pas de parallélisme anatomo-clinique chez l’enfant lors des premières heures après un
traumatisme,
- le diagnostic lésionnel passe après avoir assuré la survie et le maintien des constantes vitales,
- rien ne remplace l’examen clinique et plus encore, l’examen clinique itératif
- les examens complémentaires sont indispensables au diagnostic lésionnel et à l’adaptation de la
thérapeutique :les radiographies simples du thorax et de l’abdomen associées à un scanner abdominal
sont les meilleurs moyens d’imagerie dans le cas du traumatisé abdominal.
V - LES LESIONS ABDOMINALES : PARTICULARITES ET CONDUITE THERAPEUTIQUE
Le traitement conservateur des traumatismes abdominaux est la règle en pédiatrie : 80 % des
enfants présentant une lésion intra-abdominale ne seront pas opérés. 15 % seulement des enfants
présentant une lésion hémorragique intra-abdominale seront opérés pour contrôler le saignement. Cette
abstention opératoire ne se justifie que lorsque les 3 conditions suivantes sont réunies :
- une certitude diagnostique : une lésion isolée d’un organe intra-abdominal ne se traite pas de la
même façon si elle est associée à d’autres,
- l’existence d’une unité de réanimation : l’enfant doit pouvoir être surveillé de façon continue, toutes
ses constantes vitales étant monitorées,
- une équipe chirurgicale avertie et opérationnelle rapidement.
A - LES LESIONS SPLENIQUES
La vascularisation de la rate est particulière : elle est radiaire et segmentaire, ceci expliquant
les possibilités d’hémostase spontanée, la majorité des fractures de rate étant transversales et donc
parallèles à cette vascularisation.
Elles sont souvent associées à une lésion du rein gauche. La douleur à l’épaule gauche est
fréquente. Elles sont suspectées devant l’existence d’une fracture de côte, d’une surélévation du
diaphragme, d’un élargissement de l’ombre splénique à la radiographie de l’abdomen. C’est en régle la
cause première des hémorragies intra-péritonéales. L’échographie authentifie le saignement et peut
visualiser la fracture.
La majorité des lésions spléniques ne seront pas opérées (80 % des cas). Dans le cas d’une
intervention chirurgicale, le traitement conservateur est de règle : réalisation de sutures
parenchymateuses, utilisation de colle biologique, contention externe par filets résorbables etc.. Le
traitement conservateur des lésions spléniques est justifié du fait du risque infectieux post-splénectomie
majeur lorsque l’enfant est d’âge inférieur à 5 ans. Ce risque est maximal dans les 2 premières années
après la splénectomie. Ce type de complications infectieuses survient chez 1 à 1,5 % des
splenectomisés. La mortalité reste supérieure à 50 % des cas. Si l’hématome sous-capsulaire est
fréquent la rupture secondaire est rare; le tableau d’hémorragie interne est classique et le diagnostic à
priori aisé, mais sa gravité vient du fait qu’elle était souvent méconnue et qu’elle se produisait dans
des conditions diagnostiques difficiles entraînant du fait de l’absence de notion étiologique un retard au
traitement.
B - LES LESIONS HEPATIQUES
Le diagnostic est réalisé dans les mêmes conditions que celui d’une fracture de rate. Le foie droit
est le plus souvent lésé. La visualisation d’une fracture au niveau du dôme hépatique est très difficile à
l'échographie. La possibilité de lésions biliaires associées rend utile un diagnostic lésionnel précis :
utilisation des images scanographiques avec injection, ainsi que si besoin, de la scintigraphie à l’I.D.A.
marquée au technetium 99 m. En cas d’intervention chirurgicale, l’hémostase sélective artérielle et
veineuse (vascularisation systémique et portale), ainsi que biliaire est nécessaire. L’hépatectomie pour
lésion hémorragique reste un geste très difficile entraînant une morbidité non négligeable. Elle est
réservée aux centres spécialisés.
C - LES LESIONS PANCREATIQUES
Le pancréas est un organe bien protégé par sa localisation profonde au niveau de la cavité
abdominale et sa fixité. Mais, il est en fait, très vulnérable à la compression ou aux chocs directs du fait
de sa situation immédiatement pré-rachidienne (billot vertébral). Il est atteint dans 5 % des traumatismes
de l’abdomen.
Le diagnostic de lésion pancréatique est souvent retardé car les signes manquent de
spécificité : douleurs abdominales, vomissements bilieux, pleurésie associée dans 20 % des cas; l’iléus
réflexe (arrêt des gaz, silence abdominal) est fréquent dans tout traumatisme de l’abdomen , seule
l’augmentation de l’amylase si elle est très importante est significative. Le diagnostic échographique et
scanographique est cependant facile. Les risques de pancréatite post-traumatique et de pseudo-kyste
sont fréquents et surviennent 3 à 4 semaines après le traumatisme.
Le traitement chirurgical n’est réalisé qu’en cas de rupture franche du canal de Wirsung ou à la
phase de complications (pancréatite non jugulée par le traitement médical ou kyste avec retentissement
fonctionnel). La pancréatectomie caudale ou la dérivation kysto-intestinale sont alors les gestes les plus
fréquemment réalisés.
D - LES LESIONS INTESTINALES
La simple dilatation gastrique est fréquente en cas de traumatisme abdominal du fait de l’iléus réflexe
chez l’enfant. Celle-ci néanmoins peut aggraver de façon dramatique la détresse respiratoire et
nécessite la mis en place d’une sonde gastrique.
La rupture gastrique est plus fréquente que chez l’adulte; le diagnostic peut être réalisé devant un
pneumo-péritoine important ou l’existence d’un contenu anormal et sanglant après tentative de mise en
place d’une sonde gastrique. La position anormale de celle-ci sur le simple cliché de l’abdomen peut faire
le diagnostic; les lésions sont le plus souvent situées sur la grande courbure de l’estomac et au niveau du
fundus, le traitement chirurgical en est la fermeture primaire après parage.
Les lésions duodénales
Du fait de la riche vascularisation sous-muqueuse et sous-séreuse, l’hématome après choc direct est
fréquent. Celui-ci peut entraîner une occlusion fonctionnelle par compression intra-luminale. L’anémie et
l’hyperleucocytose sont fréquentes. Le diagnostic est réalisé par l’échographie, voire un transit gastroduodénal.
Il faut penser à une pathologie préexistante du type hématologique en cas de saignements, ou
d’hématome très important. (Maladie de Willebrand, purpura trombocytopénique). L’existence de
quelques images aériques dans l’arrière cavité des épiploons peut être évocatrice d’une rupture. Le
tableau clinique est alors celui d’une péritonite.
Les autres lésions intestinales : l’hématome du mésentère est retrouvé à l’échographie; les perforations
intestinales, localisées préférentiellement au niveau des 2 points fixes de l’intestin : l’angle de Treitz et la
dernière anse iléale entraînent un pneumopéritoine, celui-ci peut être important dans la première
localisation. Il faut toujours penser à la multiplicité des lésions. Les lésions coliques et rectales se
voient le plus souvent après abus sexuels ou empalement périnéal. Elles nécessitent dans la majorité
des cas un parage sous anesthésie générale avec ou non colostomie de décharge si l’on craint une
contamination du petit bassin sous péritonéal.
E - LES LESIONS RENALES
Les ruptures du rein sont de loin plus fréquentes que les lésions du bas appareil urinaire. Elles
représentent 10 % des lésions des organes pleins abdominaux. L’impact lombaire est rarement visible
sous forme d’ecchymose. Les principaux signes sont par ordre de fréquence décroissante : l’hématurie,
la douleur lombaire avec contracture abdominale, parfois un syndrome de masse ; l’iléus paralytique est
la règle.
Il peut se produire des rétentions urinaires par caillotage intra-vésical. Les lésions peuvent aller
de la simple contusion rénale à l’effraction de la capsule avec hématome et la rupture des cavités pyélocalicielles
avec uro-hématome.
Le diagnostic lésionnel est réalisé de la meilleure façon par le scanner. Seul, un rein muet peut
justifier une artériographie préopératoire à visée étiologique pour adapter la technique chirurgicale. A
défaut de pouvoir réaliser un scanner, l’échographie Doppler et l’urographie intraveineuse sont alors
indispensables pour apprécier le retentissement morphologique et fonctionnel de la rupture rénale.
Le traitement : l’abstention chirurgicale est réalisée de principe; la chirurgie peut se discuter
devant un uro-hématome résistant au drainage interne par endoscopie (sonde urétérale) ou devant des
lésions entraînant la perte fonctionnelle d’une partie importante du rein (pôle supérieur ou inférieur). Le
traitement est le plus conservateur possible.
Les traumatismes du bas appareil urinaire sont plus rares, les ruptures de l’urètre antérieur sont le
plus souvent secondaires à des chutes à califourchon provoquant des écrasements urétraux avec
hématome du périnée et du scrotum. Les ruptures de l’urètre postérieur sont toujours associées à un
traumatisme très important avec fracture du bassin. Le mécanisme est la désinsertion du bloc vésicoprostatique
sectionné par le diaphragme uro-génital. Le traitement de ces ruptures totales de l’urètre en
urgence est la mise en place d’un cathéter de cystostomie. L’abord chirurgical dans le cadre de l’urgence,
ne se justifie que devant des lésions très importantes. Le pronostic fonctionnel doit être alors réservé. Les
ruptures de la vessie peuvent s’apparenter du point de vue diagnostic et thérapeutique aux ruptures des
organes creux intestinaux, si elles sont intra-péritonéales. Si la rupture reste sous-péritonéale, le tableau
est celui d’un état infectieux. Il faut toujours y penser devant des fractures du bassin.
F - LES LESIONS DIAPHRAGMATIQUES
Le diaphragme peut être lésé, que le choc soit abdominal ou thoracique. C’est l’hyper pression en
règle qui est à l’origine de la rupture diaphragmatique. La migration des organes intra-abdominaux peut
être retardée par rapport au choc avec constitution progressive de la hernie. L’auscultation permet de
retrouver une diminution des bruits respiratoires et l’existence de bruits intestinaux en position anormale.
La radiographie du thorax fait en régle le diagnostic mais un épanchement pleural peut masquer la
hernie. La localisation élective est gauche, l’exploration per-opératoire n’est pas toujours facile, mais
doit être systématique dans tous les cas et le traitement, toujours chirurgical (réparation primaire).
G - LES PLAIES PENETRANTES
Le point d’entrée peut être situé à distance de l’abdomen. Toute plaie ayant franchi le péritoine
est dite pénétrante.
Le dogme de l’exploration chirurgicale systématique ne peut être remis en question que dans un
centre ultra-spécialisé. Toutes les plaies par arme à feu doivent être explorées. Par contre, les plaies
pénétrantes par arme blanche n'entraînent de lésions intra-abdominales que dans 20 % des cas. Le
traitement chirurgical sera fonction des lésions constatées (lésion pariétale) et reste dans la majorité
des cas, le plus conservateur possible.
VI - LE TRAUMATISME ABDOMINAL : PRONOSTIC
La mortalité après traumatisme abdominal isolé est inférieure à 3 %. La mortalité du traumatisé
abdominal dans le cadre d’un polytraumatisme est de 14 %. Si 75 % des enfants peuvent espérer un
rétablissement normal , 11 % garderont des séquelles et 0,5 % resteront dans un état végétatif.
Si la mortalité et la morbidité en cas de traumatisme abdominal isolé sont moindres, elles ne sont
cependant pas négligeables. Les changements de conception thérapeutique et tout particulièrement le
traitement conservateur des lésions des organes pleins a du s’opposer à de nombreux dogmes
médico-chirurgicaux pour s’imposer. Une surveillance longtemps poursuivie plus encore du fait de ce
traitement conservateur est nécessaire. La restauration fonctionnelle ad integrum est cependant
possible. La diminution des accidents du fait d’ une réelle prévention seront les atouts les plus
importants dans le futur pour diminuer encore la morbidité du traumatisé de l’abdomen